Les énigmes de l'écriture: le disque de Phaïstos
par Jacques B.-M. Guy
Ces images du Disque se trouvent à
PHAISTOS DISK
http://www.fsai.fh-trier.de/~mourisj/diskos/diskos.html
 

Côté A

 

Côté B


 

Un beau jour de 1908 Luigi Pernier trouve, dans une annexe de la périphérie nord-est du palais de Minos en Crête, dans un misérable cagibi de quatre mètres carrés, sans porte, auquel on accède par une trappe, au milieu de fragments d'une tablette en Linéaire A, d'éclats de pots d'argile, de cendres, de résidus de charbon de bois, bref, au milieu d'ordures, une tablette de terre cuite circulaire toute incrustée de calcaire. Nettoyée, elle se révèle porter sur ses deux faces quelques 240 hiéroglyphes d'une écriture inconnue. Et la direction de l'écriture est encore plus extraordinaire que celles des tablettes de l'Ile de Pâques: en spirale!  Pour en savoir plus il vous faudra dénicher le numéro 12 de Glottometrika, publié par l'Université de Bochum en Allemagne, où Michael Trauth vous explique très sérieusement et clairement tout ce qu'on sait de cette mystérieuse tablette sous le titre "The Phaistos Disc and the Devil's Advocate".

Le disque de Phaïstos est en argile cuite, très fine, un peu irrégulier. Son diamètre varie de 15,8 cm à 16,5 cm, son épaisseur de 16 à 21 mm. Sur chaque face une ligne en spirale fait fonction de guide, comme les lignes d'un cahier d'écolier, comme les sillons creusés des tablettes de l'Ile de Pâques. On s'accorde généralement à le dater du XVIIème siècle avant Jésus-Christ, bien que certains préfèrent ne le faire remonter qu'au XIIème; d'autres vont jusqu'au XIXème. Sur une face, 122 hiéroglyphes en 31 groupes séparés l'un de l'autre par un trait vertical. Sur l'autre 199 en 30 groupes pareillement séparés. Le plus extraordinaire, je vous l'ai gardé, pour la bonne bouche: ces hiéroglyphes ont été, non pas tracés, mais estampillés! Oui, il y a donc 3000 à 4000 ans de cela on avait inventé l'imprimerie. Sur argile, certes, et non sur papier, mais l'imprimerie quand même. A quoi ressemblent ces hiéroglyphes? Pêle-mêle, on y voit une tête chauve, une autre coiffée comme un Mohican, une coquille Saint-Jacques (ou un gant de baseball), une mâchoire d'âne (ou une gondole vénitienne), un bouclier rond (ou un barillet de revolver), une équerre, une colombe avec une branche d'olivier, un chrysanthème (ou une marguerite), un pressoir (ou une ruche), en tout, quarante-cinq signes différents. Les traductions proposées vont de l'hymne à Poséïdon au récit de la disparition de l'Atlantide. Et pourquoi pas? C'est un fait bien connu des experts en cryptologie que, étant donné, un texte chiffré, suffisamment court, on peut en proposer à peu près n'importe quel déchiffrement sans qu'il soit possible de décider lequel est le vrai. Or, non seulement le texte du disque de Phaïstos est court, 241 hiéroglyphes, mais on n'en connaît pas la langue. On ne s'accorde même pas sur le sens de l'écriture: du centre à la périphérie, ou l'inverse. On ne risque pas de le savoir, car Shannon et Weaver ont prouvé, il y a près de 50 ans que la mesure de la propriété mathématique fondamentale des textes, l'entropie, était la même qu'on les lise dans un sens ou dans l'autre.

Alors?

Eh bien, à moins de découvrir quelque part ou bien des centaines de tablettes couvertes de la même écriture, ou bien une tablette avec sa traduction dans une langue connue, on ne pourra jamais déchiffrer le disque de Phaïstos. On ne sait même pas d'où- il vient. Trouvé dans ce qui revient aux poubelles du palais de Minos, on peut tout imaginer à son sujet. On ne sait pas non plus de quel sorte d'écriture il peut s'agir. Alphabétique? Certains disent "Non, 45 signes, c'est trop pour une écriture alphabétique". Allons donc! C'est à peu près le nombre des lettres de l'alphabet sanskrit. Et l'arabe n'a-t-il pas jusqu'à quatre formes pour une lettre selon la position qu'elle occupe dans le mot? Et nous n'avons-nous pas minuscules et majuscules qui ne se ressemblent guère et donc non pas 26 mais 52 lettres? D'autres ont dit: "Il y a trop peu de signes pour un système idéographique comme le chinois, c'est donc un syllabaire". Rien n'est moins sûr. En effet, l'immense majorité des tablettes anciennes, qu'elles soient Babyloniennes, Sumériennes ou autres, ne sont que comptes d'apothicaires, impôts perçus, dépenses, recettes. Le disque de Phaïstos pourrait très bien être un connaissement chargé tant de ceci, tant de cela. Qu'il s'agisse d'esclaves, de rayons de miel, de peaux de zébu, de boucliers, ou de coquilles Saint-Jacques, la cargaison d'un bateau ne risque guère de comporter plus d'une douzaine d'articles différents, et son connaissement, donc, très peu d'idéogrammes différents. On a dit aussi: "Cela ne peut pas être un système idéographique car il aurait fallu un tampon pour chaque idéogramme différent, ce qui aurait fait beaucoup trop." En voilà? un bel argument! Les Chinois se sont-ils privés d'inventer l'imprimerie sous prétexte que leur écriture comportait des milliers de caractères?

Non, vraiment, on ne peut pas savoir, le mystère reste complet.

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